Québec au point mort sur l’iGaming

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Québec au point mort sur l’iGaming
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Malgré son importance politique et économique, le Québec n’est pas prêt de réguler son secteur des jeux en ligne.

Jeux en ligne au Québec : la régulation toujours bloquée en 2026

La Coalition québécoise des jeux en ligne (CQJL) a de nouveau appelé les autorités de la province à établir un cadre réglementaire pour les paris sportifs et jeux en ligne. Si l’appel, émis début février, n’est pas surprenant car la CQJL représente les opérateurs en ligne privés qui ciblent et acceptent des paris de citoyens québécois depuis de nombreuses années ; il a aussi très peu de chances de réussir. 

La raison est simple. Loto-Québec, l’opérateur en monopole de loterie et de paris sportifs provincial, n’a aucune intention de donner son accord à un projet de régulation qui permettrait à des compagnies comme DraftKings, FanDuel, Bet99 ou Betway au Québec de le concurrencer ouvertement sur son territoire.

Les monopoles provinciaux, ou nationaux dans le cas de nombreux pays européens, ne sont pas omnipotents, mais ils disposent d’une puissance de lobbying considérable dans leurs juridictions et sont quasiment toujours consultés par leurs gouvernements sur ce genre de sujets. De plus, ils versent souvent des sommes très importantes, CA$1.5Md en 2025 selon Loto-Québec, en taxes aux autorités chaque année. 

De facto un marché déjà ouvert 

C’est dans ce contexte que l’appel de la CQJL doit être pris en compte. Cela ne veut toutefois pas dire que la revendication n’est pas valable ou ne devrait pas être débattue par les partis intéressés. Les raisons sont multiples, ainsi qu’assez évidentes.   

Comme le déclare la Coalition dans un rapport déposé auprès du ministère des Finances du Québec dans le cadre des consultations pré-budgétaires, « quelque 2000 sites web de qualité variable » offrent déjà des produits de casino, pari sportif et poker en ligne aux joueurs québécois depuis de nombreuses années. Sans le dire clairement, les déclarations de la CQJL font état d’un marché qui, de facto, est déjà ouvert à la concurrence ; avec les sites de ses membres, mais aussi des milliers d’autres de toutes tailles ou opérant avec des crypto-monnaies, qui ciblent les joueurs de la province.     

Donc, « à défaut de définir un cadre réglementaire adapté à la réalité du jeu en ligne, le Québec met à risque des gens vulnérables et se prive de plus de $300m en revenu de taxation chaque année », ajoute la Coalition. 

Un autre argument de la CQJL est aussi que le Québec ne régule que « l’offre de jeu physique comme les Salons de jeux Loto-Québec, les appareils de loterie vidéo (ALV) ou les soirées de bingo, (mais) le Québec rate une cible qui est désormais partout : le jeu en ligne ». Comme le souligne Ariane Gauthier, porte-parole de la Coalition : « Pourquoi limiter l’encadrement du jeu en ligne aux seuls sites de Loto-Québec, alors que l’offre disponible sur Internet est bien plus vaste? » 

Pour Mme Gauthier, la province « pourrait très bien appliquer les mêmes règles aux plateformes privées de jeu en ligne, que ce soit pour la publicité, la vérification de l’âge et la reddition de compte, par exemple. Cela permettrait de canaliser la vaste majorité du jeu en ligne vers un environnement de jeu stable et réglementé, ce qui est souhaitable pour tout le monde. »

Pas question et pas surprenant  

De son côté, Loto-Québec voit les choses très différemment, et a déclaré à Gambling.com que la « Coalition ‘québécoise’ du jeu en ligne n’a de québécois que le nom » et qu’elle « regroupe des entreprises étrangères qui ne créent pas de valeur au Québec ».

La perspective de Loto-Québec n’est pas surprenante. Comme beaucoup de monopoles, le groupe ne souhaite pas avoir à partager son marché domestique avec de nombreux opérateurs privés qui ont des équipes très expérimentées et entièrement focalisées sur le jeu en ligne. 

Si, de son côté, la CQJL avance l'argument que les joueurs seraient protégés s’ils avaient accès aux sites régulés de leurs membres, Loto-Québec répond que  « selon une étude de Léger, 81% des joueurs en ligne choisissent lotoquebec.com ».

En ce qui concerne les revenus fiscaux qui pourraient être générés par une régulation du secteur au Québec, le journal Gaming News Canada précise que depuis 2022 l’Ontario a récupéré CA$2Md en revenus issus de la taxation des jeux en ligne. Mais pour Loto-Québec, ces « redevances sont bien modestes en comparaison aux milliards générés qui sortent vers l’étranger (là où sont basés les groupes privés, ndlr) », alors « que 100% de ce qui est généré (par Loto-Québec) reste au Québec ».

Toute régulation des jeux en ligne au Québec semble donc impossible dans un futur proche. Entre-temps, et pour tous les arguments avancés par Loto-Québec, les opérateurs privés continuent d’opérer dans la province sans être agréés ou taxés ; et les joueurs continuent de jouer sans cadre réglementaire ou mesures de protection, ce qui permet aussi aux deux partis d’avancer leurs arguments pour et contre. Mais quoi qu’il arrive dans les mois à venir, les débats sur le sujet vont continuer de faire rage.

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