22 sites actifs en quelques jours : l'Alberta donne le ton

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La régulation des jeux et paris sportifs en ligne en Alberta peut-elle pousser les autres provinces canadiennes, notamment le Québec et la Colombie-Britannique, à réguler leurs secteurs respectifs ? C’est en tout cas ce que pensent certains observateurs qui ont couvert le lancement de la régulation en Alberta.

Pourquoi l'Alberta attire-t-elle autant d'opérateurs ?

Celle-ci est entrée en vigueur le lundi 13 juillet et, preuve de l'énorme intérêt généré par la province, 47 opérateurs ont déposé des demandes d’agréments. À l’heure actuelle, 22 sites sont déjà actifs et, si le nombre d'opérateurs peut sembler très élevé dans une province qui ne compte que 5 millions d’habitants, des raisons spécifiques existent qui expliquent ce niveau d’intérêt.

Tout d’abord, les opérateurs américains sont sous pression de la part de sites de marchés prédictifs comme Kalshi, Polymarket, Robinhood ou Kraken, qui attirent l’attention des investisseurs et font baisser le cours des actions de groupes comme DraftKings et FanDuel. De plus, le manque de régulation de casino en ligne dans des États additionnels, seuls cinq États autorisent la verticale actuellement, signifie aussi que l’Alberta est une rare opportunité de promouvoir les produits de casino en ligne sur un marché prometteur. 

Chiffres importants 

Malgré une petite population en termes du nombre d’habitants, l’économie en Alberta est axée autour d’une industrie pétrolière qui génère des salaires et un PIB par habitant élevés. Les analystes prévoient que le marché albertain pourrait atteindre un chiffre d'affaires de CA$967m (US$683m) dès sa première année complète d'activité et dépasser les CA$1.7Md (US$1.2Md) dès 2029.

Quand on sait que ce chiffre avoisine les CA$2.4Md (US$1.7Md) de produit brut des jeux (PBJ) enregistrés par l’Ontario au cours de sa deuxième année complète d’activité, malgré l’avantage démographique considérable dont bénéficie la province avec ses plus de 15 million d’habitants, on comprend pourquoi les opérateurs sont si désireux de s’implanter en Alberta.

Les opérateurs espèrent donc voir un pouvoir d’achat conséquent se traduire par des taux d'activité et de mises élevés sur leurs sites. Ensuite, ces volumes devraient générer des revenus fiscaux élevés et de tels résultats pourraient encourager la Colombie-Britannique et le Québec à réguler leurs secteurs respectifs.

Résistance québécoise

Cela dit, le Québec est aussi la province la plus fortement opposée à toute possibilité de régulation des jeux en ligne. Ce point de vue est poussé par l’opérateur de monopole Loto-Québec, qui ne souhaite pas voir des marques comme DraftKings ou bwin venir le concurrencer. 

Mais plusieurs arguments sont mis en avant par la Coalition québécoise du jeu en ligne, le syndicat professionnel regroupant certains des plus importants opérateurs commerciaux. Celle-ci indique que le dividende 2025-26 versé par le groupe au gouvernement de la province stagne "pour une troisième année consécutive”. 

“Dans le contexte où le gouvernement tente de résorber son imposant déficit budgétaire, ces résultats financiers décevants devraient interpeller le gouvernement du Québec”, qui se prive de revenus annuels de CA$300m, selon la CQJL. 

La Coalition ajoute que “cela fait maintenant 15 ans que Loto-Québec tente de faire sa place dans le jeu en ligne, sans succès” et que si le jeu en ligne a connu une croissance de 21%, “la croissance pratiquement nulle du bénéfice de Loto-Québec tend à indiquer que la majorité des revenus de cette activité échappent toujours à Loto-Québec”.

Selon la CQJL, malgré le fait que Loto-Québec opère en monopole et devrait donc être en mesure d’attirer la grande majorité de québécois(es) sur son site, un nombre important de joueurs(es) visitent des sites qui ne sont pas régulés. Ce thème de canalisation, c’est-à-dire le nombre de joueurs utilisant les sites légaux, est vital et est aussi évoqué en Colombie-Britannique, qui a récemment indiqué que près de la moitié de ses citoyens jouaient sur des plateformes non-régulées.

Éléments additionnels

D'autres facteurs vont sûrement influer sur les autres provinces et territoires du Canada : 

  • L'Alberta va verser 2% du produit brut des jeux généré par les opérateurs en ligne à ses Premières Nations, qui sont déjà bien intégrées dans le secteur provincial des casinos. Si les chiffres se confirment, cela pourrait constituer un excellent modèle pour les autres provinces.
  • La protection des joueurs sera renforcée dès le premier jour. L’Alberta dispose d’un système centralisé d’auto-exclusion dès le premier jour du lancement, contrairement à l’Ontario, qui a mis quatre ans à mettre en place un tel système après son lancement. 
  • De plus, les programmes de jeu responsable et de lutte contre le jeu compulsif se verront attribuer 1% des recettes. Des programmes solides de jeu responsable sont essentiels à la pérennité du secteur.
  • L'Alberta devrait aussi faire preuve d'une plus grande transparence au niveau des rapports mensuels et des données qu'elle publiera sur le secteur.
  • Plus de 70% des opérateurs du marché gris ont rejoint le secteur réglementé de l’Alberta dès la première année car la province a suivi l’exemple de l’Ontario en créant un marché véritablement ouvert, proposant des casinos en ligne, une réglementation limitée et une fiscalité équitable, précisément pour inciter les opérateurs non réglementés à sortir de l’ombre.
  •  Les statistiques les plus récentes de la Commission des alcools et des jeux de l’Ontario estiment que plus de 91 % des anciens opérateurs du marché gris sont désormais réglementés.
  • L'opérateur provincial PlayAlberta pourrait aussi bénéficier d'opportunités commerciales. S’il arrive à rivaliser avec ses concurrents et est performant, une vente pourrait se profiler. Et comme la Société des loteries et des jeux de l’Ontario (OLG) continue d'enregistrer des parts de marché d’environ 20% du marché ontarien, tous les scénarios sont possibles pour PlayAlberta. 

Certes, Loto-Québec devra être convaincu, mais la question de la régulation des jeux en ligne n’est pas de son seul ressort non plus. Les législateurs et les politiques auront, à un moment ou un autre, leur mot à dire sur la question ; et celle-ci arrivera forcément dans un futur proche.

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