Régulation : l'Alberta avance, le Québec attend

Le secteur est en communication régulière avec les provinces importantes que sont la Colombie-Britannique et le Québec, mais tout projet de régulation des jeux en ligne sera un travail de longue haleine.
L'Ontario, modèle de réussite
Un des contrastes de la régulation canadienne des jeux en ligne est la manière variée et individuelle avec laquelle chaque province du pays a abordé le sujet.
L’Ontario a été la première juridiction canadienne à réguler son secteur en 2022 et l’avis général est que le projet connaît un grand succès. Tant sur les produits, les opérateurs agréés ont le droit d’offrir des paris sportifs et du casino en ligne ; que sur les régulations des opérateurs : leurs obligations en matière de jeu responsable, de protection des joueurs ou de respect des paramètres régissant leurs activités de marketing ; qu’au niveau des revenus liés à leur taxation que le gouvernement ontarien enregistre depuis un peu plus de quatre ans.
Les résultats sont clairs, le marché concurrentiel des jeux en ligne de l’Ontario progresse. En 2025, il a enregistré une hausse de 31% des mises à 82,7 milliards de dollars canadiens et une hausse de 32% de ses recettes de jeux brutes à 3,2 milliards de dollars canadiens.
“Ces résultats montrent que l’Ontario abrite un marché des jeux en ligne vraiment dynamique avec un fort réseau d’exploitants et une sélection de jeux de classe mondiale offerts aux joueurs,” a déclaré Heidi Reinhart, présidente du conseil d’administration de l'organe de régulation iGaming Ontario. “Avec 49 exploitants proposant 84 sites de jeu, le marché réglementé de l’Ontario continue de croître en offrant un environnement de jeu plus sûr pour les Ontariennes et les Ontariens.”
Un autre aspect important de tout projet de régulation des jeux en ligne est le niveau de canalisation des joueurs, c'est-à-dire le pourcentage de joueurs qui joue sur des sites légaux et agréés. A ce niveau-là, il n’y a aucun doute que l’Ontario a réussi son pari. Une étude récente d’iGaming Ontario a aussi révélé que quatre ans après le lancement de son marché réglementé, neuf ontariens sur 10, ou 91,1% de la population, jouent sur des sites légaux.
Le chiffre représente une augmentation de 7,4 points de pourcentage par rapport à l’année précédente (83,7 %). Il montre aussi que la proportion de personnes qui avait déclaré ne jouer que sur des sites non-régulés a considérablement diminué, passant de 16,3 % en 2025 à 8,9 % en 2026.
Toutes sortes de raisons
Une telle tendance peut paraître difficile à croire. En effet, pourquoi les joueurs se rendraient-ils sur des sites non-agréés, qui, techniquement, opèrent en toute illégalité et, pour certains d'entre eux, ne présentent aucune des procédures d'identifications, de vérification d'âge ou de protection des joueurs que les opérateurs légaux doivent implémenter dans le cadre du respect des licences qui leur permettent d’opérer en Ontario ?
Les réponses sont variées, ainsi que logiques. Nombre de consommateurs n’ont aucune idée qu’ils jouent, parfois depuis de nombreuses années, sur des sites qui ne sont pas agréés. En effet, à moins de bien connaître le secteur et ses rouages, énormément d’entre eux auraient beaucoup de difficultés à distinguer un site légal d’un site illégal. D’autres sont attirés par les sites promouvant leurs manques de procédures de vérifications d'identité ou d'âge, notamment les sites de crypto-gambling ; ou encore par des bonus énormes ou des lignes de crédit que les opérateurs légaux n'ont pas le droit d'offrir.
L’impact de ces tendances se fait ressentir à tous les niveaux : le manque à gagner des opérateurs légaux ne cesse d’augmenter, les autorités ne perçoivent pas de revenus fiscaux et les joueurs n'ont aucun recours en cas de non-paiement de gains ou de fraude.
Nouvelle province
En termes de régulation, l’Alberta se prépare au lancement de son secteur des jeux en ligne le 13 juillet, mais la Colombie-Britannique et le Québec, qui, avec l’Ontario, sont les poumons économiques du Canada, ne montrent aucun signe qu’ils sont prêts à entretenir une telle idée.
Pour Paul Burns, directeur général de l'Association canadienne du jeu (Canadian Gaming Association, ou CGA), qui compte des opérateurs comme Bet365, Betano et DraftKings parmi ses membres, la Colombie-Britannique serait plus ouverte à considérer un projet de régulation, mais le Québec et Loto-Québec, son opérateur de loterie et, au niveau juridique, ce qui devrait être le seul opérateur de paris sportifs de la province, continue de s’y opposer fermement.
Paul Burns explique que pour la CGA et ses membres, tout projet de régulation doit se placer dans une perspective de protection des joueurs. “Il est impératif que cela soit entrepris afin de mieux protéger les joueurs et de se doter de davantage d’outils pour les protéger et mieux gérer les marchés.”
De plus, “il est important d'inclure toutes les parties prenantes à de tels projets, c’est ce que nous avons dit en Colombie-Britannique (lors d’auditions parlementaires)”, ajoute-t-il, “nous avons encouragé le gouvernement à entreprendre une révision de son modèle de jeux d’argent, et il s’agit vraiment d’examiner comment on peut s’assurer que le secteur terrestre puisse s’intégrer et proposer des jeux en ligne, tout en comprenant le fonctionnement du modèle et veiller à ce que chacun dispose des outils adéquats pour être compétitif”.
Réticents à réguler
Cependant, “le fait que l’Ontario ait pris la décision (de réguler son secteur) en 2022 ne signifie pas qu’il ait inventé les jeux en ligne au Canada. Ce marché gris des jeux en ligne existe depuis de nombreuses années déjà et continue d’exister, il n’a pas ouvert la voie aux paris sportifs. Cela existait déjà,” précise Paul Burns.
“Les législateurs ont simplement trouvé un modèle permettant de mieux protéger les joueurs et réglementer ce secteur. C'est pourquoi, lors de nos échanges avec les gouvernements, nous avons insisté sur la nécessité de commencer à envisager une réglementation”.
Finalement, quelles sont les chances que la Colombie-Britannique ou le Québec décident de réguler leurs secteurs dans un futur proche ? “Impossible à prédire,” déclare Paul Burns, qui ajoute que si ceux qui suivent l’évolution du secteur de près peuvent théoriser autant qu’ils le désirent, mais, qu’en attendant, “la plupart des canadiens qui jouent sur des sites non-régulés vont continuer à jouer et ne se rendent pas compte que les sites sur lesquels ils jouent n’ont pas d’agrément. Ils peuvent toujours utiliser leurs cartes bancaires, accéder à leurs comptes ou tout simplement consulter les sites.”
Cette situation dure depuis plus de 20 ans et n’est pas prête de changer. Entre-temps, la CGA va continuer son dialogue avec les autorités canadiennes pour tenter de les convaincre, preuves à l’appui avec les données issues de l’Ontario et de l’Alberta une fois celle-ci sera lancée, que la régulation bénéficie tous ceux qui la suivent.



